Après les dégradations commises en marge de plusieurs manifestations, le gouvernement annonce une réforme majeure du droit de manifester : les cortèges devront désormais défiler dans les campagnes, loin des centres-villes et des commerces. Une mesure qui permettra de garantir la liberté de manifester tout en évitant que les manifestations soient vues par les personnes auxquelles elles s’adressent.
« Nous avons constaté que les dégradations de commerces se produisaient presque exclusivement dans les endroits où se trouvent des commerces. C’est une découverte fondamentale qui nous a immédiatement mis sur la voie », explique un responsable fictif du ministère de l’Intérieur.
Désormais, les manifestations seront organisées dans des champs, des pâturages ou des zones forestières suffisamment éloignées de toute activité commerciale.
« Il est statistiquement beaucoup plus difficile de briser une vitrine au milieu d’un champ de betteraves. Nous nous appuyons sur cette réalité scientifique pour protéger les Français. »
Des manifestations sans vitrines, sans commerçants et, si possible, sans habitants
Le gouvernement insiste sur le fait que cette réforme ne remet absolument pas en cause la liberté de manifester.
« Les citoyens pourront continuer à exprimer leur mécontentement aussi fort qu’ils le souhaitent. Simplement, nous préférons qu’ils le fassent là où personne ne risque de les entendre. »
Les préfectures seront chargées d’identifier des itinéraires particulièrement sécurisés, notamment entre deux champs de maïs, le long de chemins agricoles ou au milieu de pâturages.
Le gouvernement salue une avancée historique pour la démocratie
Selon le ministère de l’Intérieur, cette réforme constitue une avancée considérable pour les libertés publiques.
« Jusqu’à présent, les manifestants étaient obligés de défiler dans des rues étroites, entourés d’immeubles, de vitrines et de passants. Désormais, ils disposeront de centaines d’hectares pour exprimer librement leurs revendications. »
Interrogé sur l’efficacité de manifestations organisées loin des lieux de pouvoir, un conseiller gouvernemental se montre rassurant.
« Les ministres resteront naturellement très attentifs aux revendications. Les manifestants pourront leur adresser leurs slogans par courrier, de préférence après la manifestation. »
Les agriculteurs demandent à manifester en ville
Cette nouvelle organisation suscite néanmoins quelques inquiétudes dans le monde agricole.
Plusieurs exploitants craignent que les manifestants ne piétinent leurs cultures, n’endommagent leurs clôtures ou ne perturbent leurs troupeaux.
Le gouvernement envisage donc de déplacer les cortèges vers des terrains dépourvus de cultures, de clôtures et d’animaux.
Les agriculteurs, de leur côté, ont fait savoir qu’ils préféraient continuer à manifester dans les centres-villes, où les risques de dégradation des cultures sont nettement moins élevés.
Une situation jugée particulièrement préoccupante par le ministère de l’Intérieur, qui redoute désormais une concentration de manifestants agricoles dans les villes et de manifestants urbains dans les campagnes.
Pour éviter toute confusion, les préfectures pourraient être chargées de vérifier que chaque manifestant se trouve bien dans un endroit où il n’a aucune raison de manifester.
Vers des manifestations entièrement dématérialisées ?
Le gouvernement reconnaît toutefois qu’il devient difficile de trouver des lieux où les manifestations ne risquent de déranger absolument personne.
Une solution serait donc à l’étude : organiser les cortèges dans des champs virtuels, accessibles depuis une application officielle.
Les manifestants pourraient y défiler librement, brandir des pancartes numériques et scander des slogans sans occasionner la moindre nuisance.
« Ce serait une avancée démocratique considérable. Chaque citoyen pourrait manifester depuis chez lui, sans avoir à se déplacer, et chaque ministre pourrait continuer à ne pas l’écouter sans avoir à fermer ses fenêtres. »
Le ministère précise néanmoins que les manifestations physiques resteront autorisées en pleine campagne.
À condition qu’aucun manifestant ne se trouve à moins de cinq kilomètres d’un autre, afin d’éviter tout risque d’attroupement.
Le gouvernement se félicite déjà de cette réforme qui devrait permettre de concilier deux principes fondamentaux de la République : la liberté de manifester et la liberté du gouvernement de ne pas s’en apercevoir.
